Un chauffeur privé…pour mon train !

J’ai remarqué, depuis quelques temps déjà, une chose assez étrange. Les passagers n’arrivent pas à comprendre pourquoi ce que nous faisons avant et/ou après leur train peut avoir une incidence sur le leur.

Je m’explique. Nos journées sont rythmées par le défilement des kilomètres, mais aussi par toute la préparation de la mission du jour et le fait de rendre le service après cette même mission. Or un problème sur la rame durant la préparation, le retard dans l’enchainement des trains (pour quelque raisons que ce soit) entraine irrémédiablement un décalage dans le programme de la journée. C’est simple dit comme ça, mais c’est pourtant assez difficile pour les PAX de s’en faire une représentation.

Pour vous aider, on va décrypter ensemble une journée de mon roulement, celle que je fais aujourd’hui. Elle est facile à lire, un train assez long pour Brive, RHR et retour demain. C’est surtout pour l’image, pour avoir une idée de comment fonctionne les choses.

1/ Le roulement :

Exemple de roulement

Exemple de roulement

C’est lui qui prévoit l’enchainement des journées. Pour ces dernières, plusieurs cas de figures :

-RP, c’est les jours de repos.

-Ensuite vous avez des journées avec une lettre et un chiffre, ce sont des journées de mon roulement, nous reviendrons dessus plus loin, vous remarquez juste qu’elles sont soit seules sur une case avec des horaires (on parle de journées simples, je pars de Toulouse et je reviens à Toulouse), soit avec un trait gras qui « joint » deux journées ensemble (c’est alors un RHR ou « découché ». Je pars de Toulouse, mon repos entre les deux jours est dans une autre ville, je reprend une journée et je finis à Toulouse).

-Enfin il y a des cases avec un « d », « d » ou « FAC » : Ca veut dire que je suis « à dispo » pour que l’on me donne une journée, mais contrairement à celles avec un numéro je ne connais pas les horaires et le contenus (c’est là que ça ce corse pour l’organisation de la vie perso). Dans tous les cas, elle respectera les taquets horaires que la loi impose dans l’enchainement et elle sera forcément dans mes compétences. Soit c’est une journée de mon roulement (Exxx) , soit d’un autre roulement (Dxxx, Qxxx, chaque roulement commence par une lettre suivis du numéro de la journée); mais qui ne demande pas de compétences différentes des miennes. Exemple : prenons la ligne 3, je suis en FAC le lundi et le mardi. Je pourrais par exemple faire les journée de la ligne 1 (E111>E122) d’un collègue malade. La polyvalence, combinée avec cette souplesse, même pour les gens en roulement, permet de faire rouler les trains tout le temps, de « couvrir » les journées.

A savoir que lorsque l’on débute dans le métier, avant d’être intégré dans un roulement, nous sommes en FAC pur. Nous connaissons nos repos, mais jamais ce qui va ce passer entre. C’est assez pénible dans ce cas pour la vie personnelle, mais le travail est souvent plus diversifié.

2/Les journées :

Maintenant que l’on sait comment les journées sont attribuées, voyons le contenu. Vous, vous êtes sur le quai, vous attendez que je vienne vous chercher, prêt ? Let’s Go :

Deux façon de les présenter, soit dans le roulement (après la page de garde qui donne l’enchainement vu plus haut), soit sous forme de « composition » de journée théorique. Ca n’est que de l’affichage, la lecture est la même :

A la lecture de la journée Aller (en haut dans la photo centrale ou à gauche en version « roulement ») on remarque que la prise de service (PS) est à 18h02 pour un train à 19h25. Entre la PS et le train il y a EJ, PC, Marche, Chauffage, Remisage. C’est ce dont je vous parlais au début de l’article ! Les tâches annexes à la conduite, mais pourtant indispensables et prévues dans ma journée. Si j’ai un soucis à ce moment là, mon train sera en retard.

Dans le détail :

« PS », elle fait 13 minutes, c’est le temps règlementaire pour prendre tous les documents, savoir ou aller chercher son engin moteur dans le dépôt (Toulouse et ses garages c’est plusieurs dizaines d’hectares), se renseigner sur les éventuels changements par rapport à la journée qui était prévue (d’ou le « théorique » en haut de l’impression), faire les rectificatifs sur sa documentation…etc

« Marche » c’est le fait d’aller du local de prise au chantier sur sa rame. Le soleil n’est pas trop bas, vous êtes toujours sur le quai, mais pour le moment l’affichage n’annonce rien de spécial, tout va bien pour vous, et pour moi donc !

« EJ » c’est l’essai de frein journalier OBLIGATOIRE. Mais quand je dis OBLIGATOIRE, c’est O-BLI-GA-TOI-RE ! Même si le Pape s’y oppose et que je serais en retard de 1000 ans, vous n’y couperez pas, vous m’attendrez sur le quai jusqu’a ce qu’il soit satisfaisant 😉

« PC » c’est préparation courante, une fois par 24h, nous suivons une check-list complète pour TOUT vérifier sur le train que l’on va conduire : systèmes de sécurité, confort, intérieur, extérieur…Tout quoi.

Retenez que les deux points précédent sont souvent ceux qui vont créer du retard, car une grande partie des points de cette fameuse check-list sont bloquants. Si tel ou tel système n’est pas en état de fonctionnement, on ne peut pas partir. Tout l’intérêt est de prévenir vite nos amis de la permanence pour qu’ils nous re-affectent un autre engin moteur et que vous ne m’attendiez pas trop sur le quai.

« Chauffage » ensuite. A votre avis ? Et bien c’est le pré-conditionnement de la rame, chaud l’hiver, froid l’été, quand elle est équipée de la clim, pour que vous puissiez continuer la lecture de votre livre, tout tranquillement.

« Remisage » c’est quand j’arrive ! Je vois pleins de paires d’yeux me scruter au loin. Vous chercher si les 3 feux blancs se dirigent bien sur votre voie. A/R incessant d’yeux entre les écrans et la voie. Ne vous penchez pas trop, ce train est bien le votre il est à l’heure ! Sur la partie « roulement » vous retrouvez sous forme plus « graphique » les mêmes éléments plus quelques autres (au dessus le type d’engin, aujourd’hui B81500, un AGC), SDF…mais nooooonnnn ils vont pas me faire dormir sous un pont à Brive ! Ca veut dire que cette circulation se fait Samedi Dimanche et Fêtes.

En gare vous connaissez déjà mieux. Séquence départ, les gens qui arrivent à fond de l’escalier, le chef d’escale qui siffle…Tout ce petit ballet bien minuté, ou RIEN n’est laissé au hasard. Car si soucis il doit y avoir, c’est beaucoup moins galère pour vous comme pour moi si ça arrive entre ma PS et maintenant. Après, certes c’est plus intime, en rase campagne, on est entre 500 yeux…entre nous quoi ! Bon disons pour notre exemple que tout ce passe bien aujourd’hui 😉

Arrivée : Si je suis à l’heure à ce moment là, c’est que vous êtes arrivés à l’heure à bon port, la popote et la petite famille n’attendent que vous.

Au dépôt

Au dépôt

Pour moi la popote attendra un peu et la famille beaucoup car après mon train, il me reste encore « VAR », pour visite à l’arrivée, une autre check-list de vérifications avant de laisser l’engin au dépôt (ou l’on signalera tous les dysfonctionnements pour qu’il soit réengagé demain).

« EV » c’est pour en voiture (le détail à droite précise que c’est un minibus), ça peut être en METRO, BUS, TAXI, ou sur un train (dont le numéro est alors précisé). Ici pour aller du dépôt à l’hôtel. Si vous avez bien suivi, nous sommes partis de TE (Toulouse) et nous sommes maintenant à BLG (Brive-la-Gaillarde). Toutes les gares, chantiers fret et autres endroits praticables en train ont un code à 3 lettres, semblables aux codes IATA pour l’aérien (et certaines gares).

Bon je pense que vous avez saisi le principe, on va pas détailler la compo de demain. Voilà tout ça pour expliquer que NON, on ne nous parachute pas sur le quai rien que pour un train. Et l’exemple pris aujourd’hui est encore assez simple préparation>train>fin de mission. Nous avons à Toulouse des journées de navettes sur la ligne C, avec un enchainement préparation > 12 trains > fin de mission, vous comprenez que le mikado n’est pas toujours simple à gérer quand survient un incident…

Aller sur ce je vous laisse…je suis attendu 😉

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