En raison d’un incident technique…

Un matin de la semaine dernière ; j’ai eu droit à un sacré cafouillage. Enfin du point de vue règlementaire tout a été géré, je pense cafouillage quand j’essaie de me mettre dans la peau des voyageurs qui loin dans leurs voitures en milieu ou fin de convoi comprennent mal comment il peut n’y avoir ni lumière, ni information, ni cheminots (ceux qu’ils détestent tant, mais qu’ils espèrent voir dès que ça va mal…).

Le nom des gares est raccourci, cela a peu d’importance. Tout va bien quand je pars de LAL en direction de RES. Entre temps nous desservons plusieurs gares dont VTE, il ne nous reste plus que CTG et CES avant RES.

En repartant de VTE le train est plein, les quais des gares que nous allons desservir le seront tout autant, on est lundi, il est 7 h 30, les gens attendent mon train comme le messie. Je vais vite comprendre l’ampleur de ce qui nous attend quand le contrôleur vient me voir pour me signaler que l’éclairage ne fonctionne plus.

Bien, il y a une procédure pour ça, des gestes immédiats, tout simples, l’équivalent de vérifier si l’interrupteur n’est pas dans la mauvaise position, sauf que là, rien n’y fait. Il va falloir appliquer le guide de dépannage, au prochain arrêt, donc CTG. Appel radio au régulateur, pour le prévenir que j’ai un problème technique et que je vais perdre du temps lors de mon arrêt.

Une fois arrivés, les gens sur le quai, comme ceux dans le train, ne se doutent pas de la suite. En lisant les premières pages du guide de dépannage, moi je comprends que la situation va être compliquée. Après application de mes documents et appel au Pôle d’Appui Conduite, le constat tombe : il n’y aura plus d’éclairage (il fait nuit, si une personne tombe dans le train, ou s’il y a un mouvement de panique, ça devient ingérable), il n’y a plus de chauffage, le contrôle de fermeture des portes fonctionne sur batteries, pendant 50 minutes. Le régulateur avisé, il décide de faire évacuer le train, de me faire aller sans arrêts et sans voyageurs à RES.

Et c’est là qu’il est très difficile pour nous de faire notre job. De faire évacuer 250 ou 300 personnes d’une rame bondée dans laquelle nous avons nous-mêmes du mal à nous déplacer. Les gens eux ne comprennent pas. Je n’ai pas de porte-voix, je ne peux pas expliquer individuellement la situation. Le règlement et les ordres m’imposent de faire évacuer, et de leur proposer de prendre le train suivant (qui sera plein, bien entendu, tout le monde le sait, moi y compris). Les insultes fusent, le contrôleur et moi essayons de faire quitter la rame à tout le monde dans le calme. Dur, très dur.

En même temps je me mets à la place de ces personnes. Certaines auraient voulu savoir avant, sauf qu’avant l’ordre ne m’était pas parvenu. Certaines aimeraient des trains neufs, on est d’accord, puisque moi aussi. Certaines se demandent pourquoi le seul fait de ne plus avoir de lumière les empêche de continuer ; ils ne savent pas que la lumière est la partie visible de l’iceberg technique et que le problème est plus profond. Tous veulent arriver au travail à l’heure, j’aimerais profondément les aider à le faire, mais je n’en ai tout simplement à ce moment-là, plus les moyens.

Nous repartirons avec 20minutes de retard, sans personne et sans arrêts jusqu’à RES.

J’ai laissé derrière moi, environ 300 personnes dans l’incompréhension et la colère. Du point de vue réglementaire j’ai fait mon travail correctement. De mon point de vue, ce n’est pas un résultat satisfaisant. En tant que cheminot, je voudrais plus dans ce genre de situation, mais je fais comme tout le monde…comme je peux, avec ce que l’on me donne ! Et sous les insultes et avec le sourire si possible…

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