Indifférence…

Ma petite expérience du ferroviaire m’a fait connaitre 4 métiers différents. L’un d’eux était celui d’ASCT (Contrôleur Auxiliaire). J’ai adoré ce job, mais j’ai rencontré une réalité, à laquelle même moi qui était “de la maison” ne pensais pas devoir faire face un jour. Les gens sont durs, avec eux même et avec les autres, ne serait-ce que par le regard, ou leurs attitudes…

Quand tu rentres dans une voiture, que tu fais une ronde, tu reconnais de suite celui qui va t’emmerder. Et les pires que j’ai toujours eu du mal à contenir, à gérer ce sont les abonnés. Les abonnés d’une ligne et le personnel de la SNCF, c’est comme un mariage, c’est pour le meilleur et pour le pire. Dans les bons jours, ils seront avenant, sympa, te tutoie, discute le coup. Mais ils peuvent être les pires des emmerdeurs, et ce parce que ce sont des “habitués”. Tout leur est dû, les choses normales que tout client (et non pas “usagers”, puisqu’ils veulent du « comme dans le privé », ok, donc nous avons des « clients » !) est en droit d’avoir, soit un train propre, a l’heure, du personnel sympa… Normal !

Mais eux, en tant qu’abonnés, ils exigent aussi que tu sois irréprochable (tenue, sourire), au risque de te balancer une vanne bien chiante, quand tu es au milieu de la voiture, de manière à ce que 100 paires d’yeux te scrutent ! Ils exigent d’être à l’heure à la minute, que dis-je à la seconde près, même si leur correspondance bus ne part que 30minutes après. Ils n’hésitent pas à ameuter toute la voiture pour liguer les gens contre toi alors que tu as 5minutes de retard au milieu du parcours et que d’ici l’arrivée elles seront certainement rattrapées. Ils pensent que leurs cris, que le fait de rameuter tout le monde autour d’eux contribue à améliorer le service… Moi non, car bizarrement j’ai toujours eu plus de mal à gérer les correspondances par téléphone avec le permanent quand 30 personnes crient dans mon dos !

Et ces abonnés si exigeants, si “au fait”, car EUX ils sont TOUS les jours dans le train, et pensent que toi ta journée, c’est de ne faire que le LEUR de train, et que pendant que EUX ils bossent, toi tu ne fait rien en attendant de les ramener chez eux…

Et bien ces gens-là, si différents de tous les autres voyageurs (ils le revendiquent), j’ai constaté de mes propres yeux que quelque chose pouvaient les rassembler, les fondre en une masse dont on ne les distinguerait plus les uns des autres, vous savez ce que c’est? L’Indifférence !

Car un matin, dans la partie première classe de l’AGC que je ramène avec l’aide de mon collègue CRL (ConducteuR de Ligne) à Toulouse, ils y sont TOUS, les abonnés. Car eux ils prennent ce train tous les jours, et EUX ils ont droit d’être là plus que les autres (trains de la région déclassés, donc pas différences pour l’ASCT). Et au milieu de ces gens et d’autres voyageurs, debout pour la plupart, il y a une femme, assise sur un siège solo a côté de la fenêtre. Autour d’elle (au plus près d’elle) il y a 5 personnes qui juste en dessous de leur Metro ou de leur 20Minutes peuvent voir son visage. 3 “Habitués” et 2 voyageurs que je ne connaissais pas. Dans le compartiment il y a une trentaine de personnes, le train est bondé.

Je fais plusieurs rondes, du contrôle, je régularise quelqu’un dans la caisse du milieu, et pendant ce temps la femme assise seule, et bien elle est en train de mourir. Elle est blanche comme un linge, a des sueurs froides, et vomis ces tripes sur ses genoux. L’odeur est insoutenable dans le compartiment, mais plus elle est mal et plus les gens se plongent profondément dans leur lecture ! S’ils pouvaient y enfoncer la tronche, ils le feraient !

PERSONNE autour d’elle, ni les habitués gueulards, ni les autres voyageurs ne sont venus me chercher, AUCUN n’a bougé… Quand je m’en suis rendu compte j’ai appelé le mécano en lui disant de ne pas repartir de la gare suivante, les pompiers devant nous y retrouver. Leur capitaine avec qui j’ai discuté en attendant l’évacuation m’a dit qu’elle était en train de faire un AVC, elle était près de la mort, et finirait peut être comme un légume. Si j’avais mis plus de temps à faire le billet dans la voiture d’avant, cette femme serait descendu à Toulouse les pieds devant, au milieu du flot d’habitués et autres voyageurs, toujours plus pressés, gueulards et tristement égoïstes…

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