« Vous vous rendez compte ? Une prime de charbon ! »

Vous avez sans doute déjà entendu comme moi ce cri d’indignation :  » Vous vous rendez compte ? Ils ont encore une prime de charbon !  » . Un cri qui résonne aussi sur internet : la prétendue prime de charbon des cheminots y est fustigée un peu partout, assortie généralement d’un « vous lisez bien » péremptoire, qui a pour fonction de couper tout doute sur la véracité de la chose.

Et pourtant, cette prime n’existe plus depuis les années 60. Elle a, en fait, disparu avec les dernières machines à vapeur… La SNCF a beau signaler cette disparition sur son site, dans une page consacrée aux idées reçues, rien n’y fait. Cette prime en nature était obtenue lorsque le couple conducteur/mécanicien arrivait à sauvegarder une partie du charbon nécessaire au voyage, grâce à une conduite économique. Le charbon servait alors à se chauffer… Aujourd’hui très peu de gens se chauffent au charbon (^^), et plus aucune machine à vapeur ne circule en service commercial… Crédulité quand tu nous tiens !

Mais les idées reçues, c’est comme la mauvaise herbe. Ça repousse toujours, sous des formes différentes. Avez-vous entendu parler de la “prime d’absence de prime” des cheminots ? Une autre invention totalement délirante qui serait rigolote si elle ne transpirait pas la méchanceté recuite.

Si ces légendes fleurissent, c’est parce que le Cheminot est devenu une chimère : une créature un peu imaginaire, un peu maléfique, comme l’était le« plombier polonais » pendant le débat sur le projet de constitution pour l’Europe. Il faut redescendre sur terre : le cheminot part certes à la retraite à 50 ou 55 ans (60ans pour moi, nouveau régime oblige, donc même là il n’y a plus de quoi « haluciner »), mais il cotise plus que la moyenne des salariés (part ouvrière des cotisations : 7,85% contre 6,65% pour le salarié du régime général), et il touche moins, une fois pensionné. Peu importe ces faits, semble-t-il : l’enjeu de cette grande bataille est purement symbolique.

Avec la grève des cheminots de 2007, est apparue une nouvelle gratification scandaleuse imaginaire : les conducteurs de train auraient conservé une  » prime de moustiques  » , au motif que lorsqu’ils circulaient autrefois en étant obligés de sortir la tête et récolter des bestioles écrasées. Vous vous rendez compte ?

Un petit logo qui colle avec l’époque en question, histoire que les défenseurs de la pensée unique ne soient pas perdus temporellement…

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